2. Sous la Microrafale
RÉCITS
2. Sous la Microrafale
2. Sous la Microrafale
1. Le front de rafales apparaît
À présent, l’attention se porte sur l’avant de l’orage. Dans cette vaste plaine céréalière en pleine moisson, les premières rafales soulèvent déjà poussière, foin et débris légers.
Sous la large base sombre de la supercellule, les précipitations forment un rideau de plus en plus dense à l’horizon, encore éclairé par la lumière dorée à l’arrière. Mais, sur la gauche de la scène, une autre cellule apparaît également au loin. À son avant, des fractus s’étirent sous un front de rafales, donnant presque l’impression d’un nuage en rouleau observé de profil.
La situation devient alors bien plus complexe qu’elle n’en avait l’air quelques minutes plus tôt. Entre la supercellule qui arrive directement sur l’aérodrome et cette autre cellule visible plus loin, l’activité orageuse semble s’organiser sur plusieurs plans.
L’air se charge progressivement de poussière et de foin. Sous le cœur pluvieux de la supercellule, une zone plus sombre commence à se distinguer. Je comprends peu à peu que l’orage ne va pas simplement passer à côté : il arrive droit sur moi.
À ce stade, la rafale descendante reste encore suffisamment éloignée pour pouvoir être observée et photographiée, mais son avancée devient déjà évidente.
2. Lumière Dorée
La rafale descendante reste encore difficile à isoler précisément à ce stade, mais l’évolution est rapide. La base de l’orage s’abaisse et se referme progressivement devant moi, tandis que le rideau de précipitations gagne en densité sous la cellule. La lumière dorée, filtrée par la pluie, donne une ambiance presque irréelle à la scène.
En quelques instants, la structure devient beaucoup plus massive. Sous la base sombre, les fractus s’étirent et semblent être aspirés vers la zone pluvieuse. Le front de rafales continue de progresser dans les cultures ; la poussière soulevée reste encore discrète sur les photos, mais sur place l’air commence déjà à se charger de foin et de particules.
Je suis toujours dehors, fasciné par la rapidité avec laquelle l’orage évolue. La supercellule ne laisse désormais plus beaucoup de ciel libre devant elle, et le rideau de pluie, encore éclairé par l’arrière, se rapproche visiblement.
À ce moment, la zone de précipitations devient plus opaque et la partie avant de l’orage prend un aspect nettement plus menaçant. La rafale descendante commence à se deviner sous le cœur pluvieux, même si elle est encore trop éloignée pour en mesurer réellement la puissance.
Je continue alors à photographier, tout en surveillant de plus en plus attentivement l’avancée de l’orage. La situation paraît encore gérable, mais la cellule accélère et le front de rafales ne tarde pas à gagner rapidement du terrain.
3. La microrafale prend forme
La structure change très vite. Sous la vaste base sombre, les fractus deviennent plus nombreux, plus bas et plus tourmentés. À l’horizon, le rideau de précipitations s’épaissit tandis que la lumière, toujours présente à l’arrière, donne des contrastes incroyables à l’ensemble.
À ce stade, le front de rafales est désormais bien installé à l’avant de la cellule. La base semble se rapprocher du sol et l’ambiance devient franchement plus hostile. Je reste encore quelques instants pour photographier la scène : le spectacle est magnifique, mais l’orage accélère clairement.
Quelques instants plus tard, la zone située sous les précipitations prend un tout autre aspect. À gauche, un voile brunâtre commence à se soulever au-dessus des cultures : la poussière et le foin sont aspirés et projetés par les rafales qui gagnent la plaine. La rafale descendante devient enfin vraiment lisible.
C’est le moment où je comprends que je ne pourrai plus rester longtemps dehors. L’orage arrive vite, très vite, et le rideau de pluie comme la zone de poussière progressent directement vers l’aérodrome.
4. Au cœur de la rafale
Je remballe donc avant même que la pluie ne m’atteigne vraiment. Dans cette plaine céréalière en pleine moisson, l’air est déjà saturé de poussière et de foin. L’orage arrive beaucoup trop vite : impossible désormais de le fuir correctement.
Je décide alors de me garer derrière les hangars de l’aérodrome, dans l’espoir de trouver un minimum d’abri face au vent.
Très vite, les rafales montent en puissance. Puis la situation devient extrême. Des branches, des débris et de la végétation volent dans tous les sens, tandis que les fortes précipitations réduisent brutalement la visibilité. Le plus intense se produit environ cinq minutes après les premières rafales, au cœur des pluies les plus fortes.
J’ai probablement subi une violente rafale descendante, possiblement une microrafale, voire une macrorafale si l’étendue et la largeur du phénomène est confirmé. Sans analyse précise de la zone touchée, difficile de trancher, mais la violence du vent ne fait aucun doute. De nombreux arbres sont tombés dans le secteur.
Cette vidéo est une compilation de plusieurs orages entre 2025 et 2026. Voici les séquences qui correspondent précisément aux orages du 27 juin 2026.
Le moment le plus intense de la microrafale partagé sur Instagram :
5. Après la rafale
Une fois le plus gros passé, je ne m’attarde pas. La chasse n’est pas terminée et j’espère encore pouvoir sortir de la pluie pour photographier quelques éclairs. Je tente donc de me placer à l’arrière de la cellule, en bordure des précipitations.
Mais un agriculteur vient finalement me signaler que je suis sur son terrain. Cela m’empêche de profiter pleinement du moment, et la pluie finit par retomber. Je dois repartir, toujours sans la moindre photo de foudre.
Une nouvelle cellule, déviant cette fois davantage vers la gauche, semble alors s’approcher. Je tente de me replacer, mais j’ai très peu de temps pour réagir et je ne choisis pas le bon axe. Devant moi, un magnifique arcus se déploie au-dessus des champs, avec une structure lisse et bombée contrastant avec le ciel sombre à l’arrière.
La pluie arrive une nouvelle fois trop vite. Après l’expérience de la rafale descendante à l’aérodrome, il est hors de question de me faire de nouveau enfermer sous l’orage. Je préfère donc prendre la direction de Vendôme, que je traverse en essayant de reprendre la cellule par l’arrière.
Mais l’orage s’éloigne déjà et la chasse touche à sa fin. À défaut de foudre, l’arrière de l’enclume offre néanmoins un dernier spectacle : de très gros mammatus apparaissent progressivement dans la lumière de fin de journée.
Les poches arrondies se multiplient sous l’enclume, formant une structure particulièrement spectaculaire. L’orage actif est désormais trop loin pour être intercepté, mais cette ambiance de fin de chasse fait presque oublier, un instant, la frustration de ne pas avoir photographié le moindre éclair.
Il est alors temps de rentrer. Finalement, j’aurai bien eu un flash sur le trajet du retour… mais celui d’un radar. Malgré le limiteur et Waze, je réussis à me faire avoir pour un petit excès d’environ 5 km/h. Pas vraiment le flash que j’espérais, et encore moins idéal avec le budget déjà serré du départ.
J’arrive chez moi vers 1 h du matin, épuisé et affamé — j’avais carrément oublié de manger. Je publie rapidement une première vidéo avant d’aller me coucher, impatient de revoir plus calmement les photos et les séquences prises durant l’épisode.
J’avais initialement envisagé de poursuivre la chasse sur les orages remontant du sud-ouest pendant la nuit. Mais cela aurait nécessité de descendre jusqu’au secteur de Limoges vers 4 h du matin : trop loin, trop tard et pas vraiment raisonnable, malgré la frustration de manquer une potentielle session de foudre nocturne.
Au final, aucune photo de foudre, un radar en souvenir et un budget malmené… mais surtout une expérience marquante, au cœur d’une supercellule particulièrement violente.
6. Bilan d’une chasse mouvementée
Après mon retour, Sebaas, administrateur d’Infoclimat, m’apprend que la station de l’aérodrome de Blois-le-Breuil — située précisément là où je me trouvais — a enregistré une rafale maximale de 144,7 km/h. Une valeur qui confirme la violence de l’épisode vécu quelques heures plus tôt.
Plusieurs dégâts ont été signalés dans le secteur après le passage de l’orage : arbres et branches à terre, végétation et débris projetés par le vent, ainsi que des perturbations locales.
- La Nouvelle République : « Certains habitants ont eu peur » : des orages d’une rare violence ont causé des dégâts dans des communes du Loir-et-Cher
- Meteo-Centre : Des orages et des supercellules provoquent des dégâts dans le Centre – Val de Loire
- La Nouvelle République : Foyers privés d’électricité, arbres et poteaux tombés, la foudre et le vent ont impacté le Loir-et-Cher
- La Nouvelle Republique : De violents orages traversent la France, une rafale à 145 km/h enregistrée près de Blois
7. Radar
Voici l’animation radar de cet après-midi dans le secteur de Tours-Blois-Vendôme :
On retrouve bien les 3 séquences orageuses chassées ce jour là :
- entre 18h et 19h, la première supercellule isolé au sud de Blois, en phase de dissipation avant que je l’intercepte.
- la ligne d’orages supercellulaires entre 19h et 20h30, qui grossira violemment juste entre Blois et Vendôme (microrafale presque visible au radar).
- l’orage moteur gauche à l’arrière en fin d’épisode venant mourir sur Vendôme.
Récit écrit en Septembre 2026.
RÉCITS ASSOCIÉS
1. Chasse en Région Centre
Après plusieurs jours de chaleur historique, je pars chasser les orages en région Centre. Près de Blois-le-Breuil, une jeune cellule évolue rapidement en une supercellule spectaculaire.
